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L'UDEFEC : le parti des femmes que le décret du 13 juillet 1955 a dissous

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En août 1952, à Koumassi, des Camerounaises se dotent d'un parti à elles, avec un bureau et des statuts. Trois ans plus tard un décret le dissout ; sept mois après le décret, leur journal paraît sous maquis, et Ruben Um Nyobè en accuse réception.

Le 13 mai 1955, selon les plaintes que l'Union démocratique des femmes camerounaises transmet au Conseil de tutelle des Nations unies, soixante-treize personnes sont emprisonnées au Cameroun sous tutelle française. Trente-sept d'entre elles sont des femmes. Le chiffre figure dans un document officiel de l'ONU, le T/C.2/L.275, qui résume les communications reçues avant de donner la réponse de l'administration.

Ces femmes n'appartiennent pas à une section féminine, ni à un comité d'épouses. Elles ont une organisation à elles, avec un bureau, des statuts transmis à l'ONU, des sections locales et un courrier avec le Conseil de tutelle.

À Koumassi, le 3 août 1952, une assemblée élit un bureau de six

L'assemblée constitutive se tient à Koumassi, un quartier de Douala, le 3 août 1952. Elle élit un bureau de six membres et adopte des statuts, modifiés ensuite le 22 février puis le 12 avril 1953. Le nom choisi est Union démocratique des femmes camerounaises, l'UDEFEC.

Le document que l'organisation fait parvenir au Conseil de tutelle — enregistré sous la cote T/COM.4/L.17 — énonce son objet en une phrase :

« La défense des droits des femmes sur le plan économique, social et civique. »

Marie-Irène Ngapeth, institutrice, en est la secrétaire générale. L'UDEFEC est liée à l'Union des populations du Cameroun, le parti nationaliste de Ruben Um Nyobè, mais les travaux de Meredith Terretta et de Rose Ndengue montrent une organisation qui décide elle-même de ses textes, choisit ses revendications et signe ses propres pétitions. Le rapport de la Commission franco-camerounaise de 2025 retient la même autonomie.

Trois mois plus tard, elles sont reçues par la mission de visite de l'ONU

Salle du Conseil de tutelle des Nations unies à New York, sièges disposés en arc de cercle face à la tribune
La salle du Conseil de tutelle des Nations unies, au siège de l'ONU à New York — photographiée de nos jours. C'est ce Conseil qui reçoit, dans les années 1950, les statuts et les pétitions que l'UDEFEC lui adresse.

MusikAnimal, via Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0Source

Le 11 novembre 1952, trois mois après l'assemblée de Koumassi, des militantes de l'UDEFEC sont reçues par la mission de visite des Nations unies. Elles y parlent d'éducation et de protection de l'enfance. Elles y parlent aussi de droits politiques, de réunification des deux Cameroun et d'indépendance.

Ce n'est pas une audience isolée. Le fonds du Conseil de tutelle garde la trace de leur écriture. Une pétition de femmes de Tombel, cotée T/PET.5/L.112, porte des noms de militantes et demande des libérations. La section de Hikoajom, dans le Cameroun sous administration britannique, réclame dans le document T/PET.5/L.52 le suffrage pour toutes les femmes du territoire. Une autre série, T/PET.5/888, rassemble des plaintes individuelles de militantes et de veuves liées aux événements de mai 1955.

C'est une méthode : écrire à l'organisation internationale qui a la tutelle du territoire, et faire verser sa version au dossier.

Le 13 juillet 1955, un décret dissout l'UPC, la JDC et l'UDEFEC

Mai 1955 est un mois de manifestations et d'arrestations. Le T/C.2/L.275 en conserve les plaintes ; le rapport de la Commission franco-camerounaise de 2025 en confirme la séquence.

Deux mois après, le gouvernement français signe un décret, reproduit en annexe du document onusien T/1231. Il commence ainsi :

« Sont dissous sur toute l'étendue du territoire du Cameroun placé sous la tutelle de la France, l'Union des populations du Cameroun. »

Le texte ne s'arrête pas au parti nationaliste. Il nomme aussi la JDC, l'organisation de jeunesse, puis l'UDEFEC. Une organisation de femmes, avec ses statuts et ses sections, cesse d'exister légalement par un acte administratif du 13 juillet 1955.

Marie-Irène Ngapeth quitte le territoire sous tutelle française. Elle passe au Cameroun sous administration britannique, puis au Nigeria. L'UDEFEC ne peut plus se réunir ni signer légalement. Rose Ndengue décrit ce qui suit comme une réorganisation clandestine.

Février 1956 : « Femmes Kamerunaises » paraît sous maquis, et Um Nyobè écrit

Statue de Ruben Um Nyobè à Eseka, au Cameroun
Statue de Ruben Um Nyobè érigée à Eseka (Cameroun), avec l'appui du ministre Frédéric Kodock — photographiée en 2016. C'est ce même Um Nyobè, alors caché en forêt, qui accuse réception en 1956 du sixième numéro du journal clandestin de l'UDEFEC, Femmes Kamerunaises.

Florettesokeng, via Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0Source

Sept mois après le décret, en février 1956, un journal paraît. Il s'appelle Femmes Kamerunaises. C'est le journal d'une organisation interdite, imprimé et diffusé hors de toute légalité. Le témoignage de Marie-Irène Ngapeth Biyong et l'étude « Mobilisations des femmes camerounaises » concordent sur la date et sur le titre.

La preuve la plus matérielle de son existence tient dans une lettre, reproduite dans l'ouvrage de Ngapeth Biyong sous l'intitulé « Femmes Kamerunaises, Maquis ». Elle est de Ruben Um Nyobè, secrétaire général de l'UPC, alors lui-même caché en forêt :

« Je m'excuse d'accuser tardivement réception du numéro six de Femmes Kamerunaises dont j'ai admiré la présentation. »

Un numéro six. Pour un journal qui, officiellement, n'a jamais pu avoir de numéro un, puisque l'organisation qui le publie a été dissoute avant sa naissance. Dans la même lettre, Um Nyobè demande tous les numéros suivants et formule un reproche précis : les articles paraissent sans signature. Les militants sont déjà poursuivis, écrit-il en substance ; cacher les noms ne les protégera pas.

L'échange dit deux choses. Que l'UDEFEC clandestine produisait un objet assez soigné pour qu'on en admire la présentation. Et que ses numéros circulaient jusqu'au maquis, où le secrétaire général de l'UPC les recevait et en réclamait la suite.

Le 16 août 1956, une lettre ouverte réclame le vote des femmes

Groupe de délégués posant devant le Bamenda Community Hall en mai 1956
Délégués à la conférence de Bamenda sur la future Constitution du Southern Cameroons, réunis devant le Bamenda Community Hall en mai 1956 — trois mois avant que Marie-Irène Ngapeth adresse sa lettre ouverte à l'assemblée de ce même territoire pour réclamer le droit de vote des femmes.

The National Archives (Royaume-Uni), CO 1069/20 — Open Government Licence v1.0OGL v1.0Source

Le journal n'est pas une survivance décorative. Le 16 août 1956, Marie-Irène Ngapeth adresse une lettre ouverte à l'assemblée du Cameroun sous administration britannique. Elle y demande le droit de vote pour les femmes. La formule est reprise par l'historien Joseph L. Nfi, qui replace cette campagne dans la mobilisation de l'électorat féminin du territoire, et la lettre est reproduite dans le témoignage de Ngapeth Biyong :

« C'est le droit que nous revendiquons ici. »

La demande vient d'une secrétaire générale en exil, au nom d'une organisation dissoute, par le canal d'un journal clandestin. Elle est adressée à une assemblée d'un autre territoire que celui qui a signé le décret. Quatre ans plus tard, le 1er janvier 1960, le Cameroun sous tutelle française accède à l'indépendance.

À Garoua, deux versions que l'ONU a gardées côte à côte

Reste la question des trente-sept femmes du 13 mai. Le dossier onusien ne la referme pas ; il l'archive.

Dans ses communications, l'UDEFEC décrit des emprisonnements et des coups. Elle rapporte qu'à Garoua, une militante enceinte de six mois aurait perdu sa grossesse après avoir été frappée par des policiers. C'est une accusation de l'organisation, reprise ensuite dans le témoignage de Marie-Irène Ngapeth Biyong, qui est partie au conflit.

Dans ses observations, l'autorité administrante française répond qu'à Garoua il n'y a eu ni manifestation ni incident.

Le document T/C.2/L.275 est construit ainsi : le résumé des communications reçues, puis les observations de la puissance administrante. Les deux textes y sont, l'un après l'autre, sans arbitrage. Aucune enquête contradictoire connue n'a tranché entre eux, et cet article ne le fait pas davantage.

Ce qui est certain tient ailleurs, et tient sans conditionnel : il existe, dans les archives du Conseil de tutelle des Nations unies, les statuts d'un parti de femmes camerounaises adoptés le 3 août 1952, des pétitions signées de leurs noms, un décret français qui les dissout le 13 juillet 1955, et la lettre d'un homme traqué remerciant ces mêmes femmes pour le sixième numéro d'un journal qui n'aurait jamais dû exister.

Nos sources

  1. Conseil de tutelle de l'ONU, T/C.2/L.275 — résumé de communications et observations de l'autorité administranteOrganisation des Nations unies (1955)Consulter
  2. Conseil de tutelle de l'ONU, T/COM.4/L.17 — statuts de l'UDEFECOrganisation des Nations uniesConsulter
  3. Décret du 13 juillet 1955, reproduit dans le document ONU T/1231Gouvernement français (1955)Consulter
  4. Cameroun : combats pour l'indépendanceMarie-Irène Ngapeth Biyong (1997)Consulter
  5. Conseil de tutelle de l'ONU, T/PET.5/L.112 — pétition de femmes de TombelOrganisation des Nations uniesConsulter
  6. Conseil de tutelle de l'ONU, T/PET.5/L.52 — pétition de la section UDEFEC de HikoajomOrganisation des Nations uniesConsulter
  7. Conseil de tutelle de l'ONU, T/PET.5/888 — série de pétitions camerounaisesOrganisation des Nations uniesConsulter
  8. Mobilisations des femmes camerounaisesAda Djabou (2026)Consulter
  9. A Miscarriage of Revolution: Cameroonian Women and NationalismMeredith Terretta (2007)Consulter
  10. Genre et citoyenneté en AfriqueRose Ndengue (2023)Consulter
  11. The 1959 Regime Change in the British Southern Cameroons: The Role of the Female ElectorateJoseph L. Nfi (2019)Consulter
  12. La France au Cameroun (1945-1971), volume 1Commission franco-camerounaise (2025)Consulter

Comment nous avons écrit cette histoire

Cet article s'appuie d'abord sur des archives : les statuts de l'UDEFEC transmis au Conseil de tutelle de l'ONU, trois séries de pétitions, le document T/C.2/L.275 qui conserve les plaintes de l'organisation puis les observations de l'autorité administrante, et le décret du 13 juillet 1955 reproduit en annexe du document T/1231. Le témoignage de Marie-Irène Ngapeth Biyong (1997) est un récit engagé, mais il reproduit des documents — la lettre de Ruben Um Nyobè, la lettre ouverte du 16 août 1956 — et c'est à ce titre qu'il est cité. Les travaux de Terretta, Ndengue, Nfi et le rapport de la Commission franco-camerounaise servent de recoupement. Ce qui reste contesté est signalé comme tel : les faits de Garoua sont une accusation de l'UDEFEC, démentie par l'administration française, et l'article ne tranche pas. Aucune tradition orale n'entre ici. Deux détails portés par le seul témoignage engagé ont été écartés.

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