Sport
Joseph Bessala, l'argent olympique
En octobre 1968, à Mexico, un welter né à Douala rapporte au Cameroun sa toute première médaille olympique. Trente-sept ans plus tard, une publication rapporte de lui cette phrase : il n'a rien pour nourrir sa famille.
Le 26 octobre 1968, à Mexico, cinq juges rendent leur verdict au terme de la finale olympique des poids welters. Quatre écrivent le nom de l'Allemand de l'Est Manfred Wolke. Un seul écrit celui du boxeur d'en face : Joseph Bessala, du Cameroun. L'or part à Wolke. L'argent repart avec Bessala — et c'est la première médaille olympique de l'histoire du Cameroun.
Un welter de Douala, champion d'Afrique deux fois avant Mexico

Himasaram / Wikimedia CommonsDomaine publicSource
Joseph Bessala naît le 19 avril 1941 à Douala. Il boxe chez les welters. Son parcours avant Mexico n'a rien d'une improvisation : en 1965, il prend l'or aux Jeux africains de Brazzaville. En 1966, il est champion d'Afrique. En 1968, il l'est encore.
Le pays qu'il représente, lui, a huit ans. Huit ans d'indépendance, et aucune médaille olympique. Le cadre institutionnel dans lequel il part concourir a été étudié : la thèse de Célestin Yatié Yakam, soutenue à l'Université de Strasbourg en 2009, porte précisément sur Mexico 1968 et l'administration sportive camerounaise.
Quatre combats gagnés, deux adversaires arrêtés avant la limite

Ion Mihăică / revue Sport, juin 1969 — domaine public, via Wikimedia CommonsDomaine publicSource
Le tournoi des welters de Mexico se lit tour par tour dans le tableau officiel, recoupé par les relevés de boxe amateur. Bessala y avance sans accroc.
Au premier tour, il bat Luis González. Cinq juges à zéro : aucune voix ne va à son adversaire. Ensuite, il cesse d'attendre la décision. Julius Luipa tombe au deuxième round. Contre Victor Zilberman, c'est l'arbitre qui met fin au combat au troisième. En demi-finale, Mario Guilloti s'incline à son tour cinq à zéro.
Quatre adversaires, deux arrêts avant la limite, deux décisions unanimes. Dans les deux combats qui sont allés au verdict avant la finale, aucun des cinq juges ne lui a donné tort.
Le 26 octobre 1968, la première médaille olympique du Cameroun

Thelmadatter / Wikimedia CommonsDomaine publicSource
En finale, Manfred Wolke résiste jusqu'au bout. Le combat va à la décision des juges, et c'est là que Bessala perd : quatre contre un. Wolke deviendra champion olympique ; Bessala redescend du ring avec l'argent.
Le statut de cette médaille n'est pas une affaire d'opinion. Le document de la Présidence de la République du Cameroun consacré aux performances olympiques du pays, le rapport officiel de la XIXe Olympiade et la base Olympedia disent la même chose : c'est la première médaille olympique remportée par un Camerounais. Elle arrive vingt-deux ans avant la danse de Roger Milla à Italia 90.
Bessala passe ensuite professionnel. En 1978, dix ans après Mexico, il est champion d'Afrique ABU des welters.
2005 : « Je n'ai rien pour nourrir ma famille »
Trente-sept ans après la finale de Mexico, en 2005, Joseph Bessala aurait parlé à un journaliste de l'agence Panapress. Selon les propos qui lui sont attribués, il dit espérer que le président aura pitié de lui, et prononce cette phrase :
Je n'ai rien pour nourrir ma famille.
Le statut de cette citation est fragile, et il vaut mieux le dire que le taire. Elle ne tient qu'à une seule publication, qui la reprend d'après une dépêche de 2005 restée introuvable. Elle figure donc ici comme un propos attribué, jamais comme un document d'archive.
Sur ces dernières années, les deux seules publications disponibles se contredisent frontalement, et elles sont toutes deux de faible rang. L'une décrit une vie misérable jusqu'à sa mort. L'autre écrit qu'il a reçu le soutien du ministère des Sports pendant sa maladie. Aucun document connu ne permet de départager les deux récits, et l'arbitrage n'est pas rendu ici.
Le 11 décembre 2009, l'État l'installe au panthéon ; il meurt quatre mois plus tard

Kondah / Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0Source
Le 11 décembre 2009, selon le Journal du Cameroun, le Comité national olympique élève Joseph Bessala au panthéon des cinquante plus grands sportifs des cinquante ans du sport camerounais. C'est la reconnaissance officielle, et elle arrive à quatre mois de la fin.
Joseph Bessala meurt le 24 avril 2010, à Yaoundé — à l'hôpital général, précise la publication qui a suivi ses dernières années. Il a soixante-neuf ans. La cause de son décès n'est pas donnée ici : trois versions incompatibles circulent selon les publications — un cancer de la prostate, une hypertension suivie d'un accident vasculaire, des affections nerveuses et pulmonaires. Le fait établi est la date, confirmée par deux sources indépendantes ; une troisième publication a écrit « dimanche 25 avril », qui est la date de l'annonce.
Martin Ndongo Ebanga, entraîneur national adjoint, résume la perte en une phrase citée par le Journal du Cameroun :
C'est un monument de la boxe que nous perdons, il était un repère, un aîné pour moi.
Ce qui reste dans le tableau officiel
Le premier nom du palmarès olympique camerounais est celui d'un welter né à Douala en 1941, champion d'Afrique en 1966 et en 1968, qui a gagné quatre combats à Mexico en octobre 1968, en a perdu un cinquième par quatre bulletins contre un, et qui figure dans le document de la Présidence de la République comme le premier Camerounais médaillé aux Jeux olympiques. Son nom a donné son titre à une soirée de gala de boxe couverte par Cameroon Tribune. La médaille, elle, est en argent, et elle est la première.
Nos sources
- Performances olympiques du Cameroun (document officiel) — Présidence de la République du CamerounConsulter
- Rapport officiel des Jeux de Mexico 1968 — LA84 Digital Library (1968)Consulter
- Thèse de doctorat, Université de Strasbourg (Mexico 1968 et l'administration sportive camerounaise) — Célestin Yatié Yakam (2009)Consulter
- Étude historiographique du sport camerounais — SHS Web of Conferences (2016)Consulter
- Tournoi des welters, Mexico 1968, et fiche athlète Joseph Bessala — OlympediaConsulter
- Résultats de la boxe aux Jeux olympiques de 1968 — Amateur Boxing ResultsConsulter
- Fiche Joseph Bessala (parcours amateur et professionnel) — BoxRecConsulter
- « Le boxeur Joseph Bessala est décédé » — Journal du Cameroun (2010)Consulter
- Article sur les dernières années de Joseph Bessala — Coups FrancsConsulter
- Fiche Joseph Bessala — OsidimbeaConsulter
- « Boxing gala night Joseph Bessala » — Cameroon TribuneConsulter
- Notice Joseph Bessala (état civil, titres africains, date de décès) — Wikipédia FRConsulter
Comment nous avons écrit cette histoire
Cet article repose sur un corpus de quatorze sources ouvertes lors de la vérification du dossier : un document de la Présidence de la République et le rapport officiel de la XIXe Olympiade pour le statut de première médaille, deux travaux académiques pour le contexte sportif camerounais, puis Olympedia, Amateur Boxing Results et BoxRec, recoupés, pour le détail des combats de Mexico. Tout ici relève de l'archive et du relevé de compétition : aucune tradition orale n'entre dans ce récit. Deux points restent fragiles et sont signalés comme tels dans le texte. Les propos de 2005 sur la faim ne tiennent qu'à une seule publication, qui les rapporte d'après une dépêche d'agence que nous n'avons pas retrouvée ; ils sont donc attribués, jamais donnés comme un document. Ses dernières années sont racontées de deux façons opposées selon les publications, toutes deux de rang faible : nous donnons les deux versions sans trancher. La cause de son décès n'est pas nommée, parce que trois versions incompatibles circulent. L'expulsion d'un logement d'État au milieu des années 1980, ainsi que la maison et la voiture qu'on lui aurait offertes après Mexico, ne sont soutenues par aucun document accessible et ont été écartées.
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